Georges Clémenceau, père de la victoire
et… collectionneur d'art asiatique
En cette année du centenaire de la Première guerre mondiale dont Georges Clémenceau fut un acteur essentiel, c’est à la découverte d’un Georges Clémenceau souvent mécon- nu que nous invite le musée Guimet : le collectionneur d'arts asiatiques !
Les plus beaux objets de sa collection personnelle sont en effet présentés au musée Guimet à Paris jusqu’au 16 juin 2014, dans l'exposition "Clémenceau, le Tigre et l'Asie", une exposition assez inédite sur Clémenceau par ce qu'elle ne parle pas de l'homme politique mais du collectionneur d'art.
Clémenceau était un homme considérable, le père de la Victoire de 14-18, l'anticolonialiste, le premier des dreyfusards et des antiracistes, on sait qu'il fut d'abord journaliste et directeurs de journaux : le «J'accuse» de Zola, a été publié sous sa direction dans L'Aurore. On connait aussi l'amitié de Clémenceau avec Rodin qui l'a sculpté et surtout avec Claude Monet, son ami de jeunesse et de vieillesse. C'est d'ailleurs grâce à Clémenceau que Les Nymphéas de Monet sont au musée de l'Orangerie à Paris.
Et c'est en partie grâce à lui que le musée Guimet existe, que le musée d'Ennery, avenue Foch, a vu le jour, ainsi que le département des antiquités orientales, au Louvre.
Georges Clémenceau l'anticlérical était passionné par le bouddhisme, pour "ce côté très sage, spirituel, reculé, explique la commissaire de l'exposition. Il voyait un chemin personnel, assez autonome, indépendant, qu'il pouvait suivre, sans véritable règle imposée tel qu'il pouvait le voir dans la religion catholique par exemple".
Surnommé le Tigre
"J'ai cru voir un tigre", a dit son chef de cabinet au ministère de l'Intérieur après que Clémenceau eu bondit de fureur sur un préfet. Et c'est resté son surnom. Clémenceau était souvent caricaturé en félin féroce.
Ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'était l'Asie. 7.000 objets d'art chinois, indien, japonais et coréen. Des bouddhas, des estampes, des masques, des meubles à encens, de la porcelaine et un ensemble de 2.500 kôgô, ces petites boites à encens utilisées lors de la cérémonie du thé. Au musée Guimet, la commissaire a choisi d'en mettre plein les yeux en exposant 500 d'un coup, posées sur de grandes vitrines lumineuses.
"Il collectionne les objets mais il veut aussi comprendre le contexte de la création de ces objets. Il se fait par exemple traduire des ouvrages sur la culture japonaise, l'éducation des enfants, l'école. Il veut vraiment comprendre comment vivent les gens".
Un amoureux de l'Asie
Et pour encore mieux comprendre comment vivent les peuples dont il collectionne les objets d'art, Clémenceau va voyager, aller à la rencontre de ces civilisations. En 1920, après son échec à l'élection présidentielle, il se retire de la vie politique et entreprend un voyage en Asie du sud et du sud-est.
Au musée Guimet, sont exposées de nombreuses photos qui montrent son pèlerinage dans les pays indiens. Guimet propose également les reconstitutions des lieux où Clémenceau a vécu. Son appartement parisien avenue Franklin, mais aussi sa maison à Saint-Vincent-sur-Jard, où il adorait jardiner. Il y pratiquait l'Ikebana, cet art japonais d'agencement des fleurs. Il y exposait sa collection de théières d'un grand raffinement, qui se trouve elle aussi au musée Guimet.
C'est un portrait inédit que dresse l'exposition, «Clémenceaule tigre et l'Asie» au musée Guimet. Elle vient à point nommé en cette année commémorative du centenaire de la grande guerre. C'est d'ailleurs du musée d'Essen, en Allemagne, que provient le tableau des Nymphéas de Monet, exposé pour la première en France.
La paix des arts, en quelque sorte.